Dans les œuvres qu'il suscite, les influences de Sterne, Young, Ossian, celles de la Bible et de la poésie populaire sont déterminantes. Mais le mouvement tout entier est dominé par l'influence de Jean-Jacques Rousseau et de Shakespeare.
Ces deux influences apparaissent dans les premières œuvres de Goethe (les Souffrances du jeune Werther, Goetz von Berlichingen, Clavigo et Stella) et de Schiller (Les Brigands, la Conjuration de Fiesque à Gênes, Intrigue et Amour). Ses principaux représentants, Lenz, H. L. Wagner, Müller le Peintre, Gerstenberg, font une violente satire des mœurs au nom de l'égalité naturelle et du respect de la personne humaine quelle qu'elle soit. Tous rêvent d'un idéal, celui des droits de l'homme, et travaillent pour une même cause, l'émancipation de l'individu. Dans le domaine de l'histoire, le mouvement révèle les caractères propres à chaque peuple, les beautés du Moyen Âge, l'intérêt du folklore. Herder (1744-1803), l'un des principaux initiateurs, publie alors les Voix des peuples dans leurs chants, recueil de chansons populaires de toutes les nations. Les études comparées des langues, des littératures et des religions inspirent Goethe (la Légende du roi des aulnes) et Schiller.
Un nouvel esprit historique et politique
D'autre part, l'idéalisme théorique de Herder, le nouveau courant littéraire allemand et la manifestation d'un état d'esprit historique sont traduits magistralement par Goethe dans des œuvres fondamentales, notamment le premier Faust, les Souffrances du jeune Werther et Egmont.
L'attitude politique change également. Le théâtre, où le Sturm und Drang fut particulièrement fécond, attaque les médiocres gouvernements des petits princes allemands. Le mouvement ne se répandit que dans les classes cultivées, auprès desquelles il ne cessa de traduire son enthousiasme à l'égard de la Révolution française.
Un nouveau langage musical
Le 18ème siècle, surtout après 1750, est ponctué par les rebondissements d'un débat esthétique ayant pour enjeu la définition de la fonction de l'art et de sa nature intrinsèque. Dans le domaine de la musique, après la mort de J.S.Bach en 1750, l'effort de ses contemporains s'oriente vers la liberté de composition et l'expressivité sentimentale. Un nouveau courant musical apparaît alors, "L'EMPFINDSAMKEIT" (le sentimentalisme), qui conjugue originalité et sensibilité. L'un des principaux représentants de cet "Empfinsamkeit" n'est autre que Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788), le 3ème fils de J.S.Bach. Au cœur de ce nouveau langage musical: l'émotion. L'artiste doit être ému pour mieux émouvoir son public, à travers des oeuvres violentes, libres, expressives et imprévisibles. Ce sentimentalisme musical s'accompagne en Allemagne d'un mouvement littéraire, le "Sturm und Drang" (Orage et passion"), parfaitement illustré par les écrits de Goethe qui vont fortement influencer des compositeurs comme Mozart et Haydn.
La littérature à fleur de peau
Quelques écrivains de la fin du XVIIIe siècle, William Blake, Jean-Jacques Rousseau et les écrivains allemands du Sturm und Drang (v. 1765-v. 1785), parmi lesquels le Goethe des Souffrances du jeune Werther (1774) et le Schiller des Brigands, (1781) sont considérés comme des précurseurs du romantisme, des "préromantiques" , pour reprendre un terme inventé par la critique au début de notre siècle. Il y a déjà, en effet, dans les œuvres de Rousseau comme dans celles de Senancour, les premières expressions d'un des aspects les plus importants du romantisme : le sentiment de la nature, exprimé comme une extase fondée sur la ressemblance entre le paysage intérieur (celui de l'âme) et le paysage extérieur. Il y a déjà, aussi, dans René ou les Mémoires d'outre-tombe de Chateaubriand, une peinture de ce "mal de vivre" ou de ce "mal du siècle" qui devait être le thème privilégié de la poésie romantique, celle de Vigny ou de Musset par exemple.
Même si l'adjectif "romantique" était apparu dès l'âge classique pour concurrencer l'adjectif "romanesque" , il ne prit son sens moderne que progressivement, par opposition à l'adjectif "classique" (c'est ainsi que l'employèrent d'abord Goethe, Schlegel, Stendhal, etc.). En France, c'est Rousseau, dans les Rêveries d'un promeneur solitaire (1776-1778; posthume, 1782), qui fut l'un des premiers écrivains à lui donner son sens actuel en l'utilisant pour qualifier le caractère pittoresque et sauvage d'un paysage.
En Allemagne, le même adjectif fut utilisé pour désigner la poésie médiévale et chevaleresque, après De l'Allemagne (1813), de Mme de Staël, qui introduisit en France les œuvres de la littérature allemande, notamment celles du Sturm und Drang. Ce n'est que par la suite que la forme nominale, "romantisme", fut employée.