Le radeau de la Méduse de Théodore Géricault (1819).
huile sur toile, 491 x 717 cm, Paris, Louvre

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Théodore Géricault choque ses contemporains par le choix du sujet, basé sur un fait réel, puis par la manière dont il en fait un tableau. Il rêve d'un grand sujet, propice à la fougue épique de Michel-Ange. Le tableau "le radeau de la Méduse" reste le premier manifeste du Romantisme. Géricault réalise le tableau seul (les romantiques sont des solitaires) dans un grand atelier de Neuilly, il se fait même livrer des morceaux de corps humains de la morgue de médecine de l'hôpital Beaujon, pour faire des études anatomiques, étudie aussi les visages des agonisants et les corps amputés, cherchant la vérité de la souffrance et la force de l'expression et s'enferme pendant un an pour faire son tableau. Il fait reproduire le radeau en miniature et étudie son mouvement sur l'eau. C'est le charpentier rescapé du navire qui le façonnera comme pour le vrai. Il fait poser des modèles parmi lesquels Joseph, le Noir à la "mode", des amis dont un malade, et Delacroix (la tête immergée au premier plan ). Pour la mer et le ciel, Géricault va au Havre.

L'histoire de la Méduse :

Le 17 juin 1816, une division de bateaux sous la direction du commandant de la Méduse, le capitaine de frégate Hugues Duroy de Chaumareys, quitte l’île d’Aix (Charente-Maritime) pour rallier Saint-Louis du Sénégal que les Anglais viennent de restituer à la France après le traité de Paris de 1814. Cette expédition est composée de la frégate la Méduse, la corvette l’Écho, le brick l’Argus et la flûte la Loire. En plus d’une importante cargaison, la Méduse emporte 395 personnes. La Méduse s'échoue sur un banc de sable et comme il n'y avait pas assez de canots de sauvetage à son bord, un gigantesque radeau est construit le 3 juillet avec le deuxième jeu de mâture car les trois chaloupes et les autres petites embarcations (une yole, un grand-canot, un canot) ne peuvent contenir que 250 personnes alors que 395 sont présentes à bord. Le radeau sera donc remorqué par les chaloupes. Une nuit, un filin se coupe et le radeau part à la dérive pendant 15 jours.

La composition du tableau :

Le tableau montre les survivants qui se réjouissent de leur sauvetage proche... mais l'Argus (navire à peine visible sur le tableau) ne les verra pas, ils resteront encore 3 jours sur l'eau. Le manque de vivres et le désespoir entraînent des scènes de violence. Certains soldats tentent de s’emparer des tonneaux par la force et de tuer d’autres passagers qui résistent. Le cannibalisme fait son apparition. Lorsque l’Argus retrouve le radeau le 17 juillet, il ne reste que 15 survivants dans un état que le commandant de l’Argus décrit comme une vision d’horreur. Ramenés à Saint-Louis du Sénégal, 5 d’entre eux meurent des suites de leur épreuve. En ce qui concerne ceux restés à bord de la Méduse, lorsqu’une équipe arrive à aborder l’épave le 26 août, ils ne sont plus que 5, complètement fous et proches de la mort.


Le tableau se découpe en trois plans : 1 - les morts (un père tient le corps sans vie de son fils contre lui). 2 - ceux qui sont en piteux états (les personnages du milieu sont assis ou avachis, dans des attitudes d’agonie). 3 - les plus vivants (Les plus vifs ont aperçu le bateau au loin et leurs corps se tendent vers cet espoir). A l'ombre de la voile déchirée, près du mât, Corréard montre à Savigny un point infime à l'horizon : le brick salvateur. Enfin, l’homme noir situé le plus au fond de la composition est debout, juché sur un tonneau, et agite un tissu rouge et blanc. Le fait que ce soit un noir qui personnifie l’espoir a beaucoup choqué les contemporains de Géricault (c’était il y a presque deux siècles) mais c’est très représentatif des idées avancées du peintre sur l’humanité ( il avait d’ailleurs en projet juste avant sa mort de réaliser un tableau sur l’émancipation des esclaves). Bien que la pyramide ferme presque complètement l’espace du tableau, Géricault l’ouvre par le cadavre du premier plan à droite, en partie immergé, qui est partiellement visible. Le personnage coupé par le cadre fut rajouté au dernier moment (il y avait avant une draperie blanche). La couleur se réchauffe lorsqu'on avance vers les vivants (sommet de la pyramide). La mer occupe les deux tiers de la toile. Le ciel est crépusculaire et nuageux. Un bateau est à peine visible sur la ligne d’horizon, comme un point minuscule. Une énorme vague sur la gauche menace d’engloutir le radeau. Ce dernier occupe entièrement le premier plan. Il est composé de planches assemblées entre elles et d’un mât muni d’une voile.
Géricault peint avec verve, par touches serrées et avec peu de moyens l'épisode final, la victoire de la vie sur la mort. Une lumière caravagesque illumine la scène à la manière d'un projecteur, une harmonie sévère de tons sourds et un jeu de lumière subtil créent une atmosphère orageuse. Les chairs ont la teinte verdâtre et blafarde de la mort mais le bitume utilisé pour assombrir les tons menace aujourd'hui de manger toutes les couleurs.Le réalisme dramatique des corps comporte des références picturales à Michel-Ange, Rubens et Caravage. L'ascendant de David est bien présent, dans la dimension de la toile, l'étude de la nature et les conventions académiques. Mais ici pas d'acte héroïque comme chez David.

La mort de Virginie de Vernet
musée de l'Ermitage

Vernet est le premier illustrateur de Bernardin de Saint-pierre, auteur de Paul et Virginie, livre au succès immense. D'autres artistes comme Isabey ou Proudhon reprennent ce thème. L'héroïne Virginie meurt dans le naufrage du bateau qui la ramène auprès de son amour, Paul. L'idylle et le naufrage s'harmonisent dans le sublime.

Navire parmi les icebergs de Gustave Doré
Musée de Strasbourg

Impression d'une image en négatif. Le navire semble être un fantôme dans un espace dégravité. Les marins se cristallisent dans le gel. Les icebergs sont menaçants. L'oiseau est le seul élément vivant dans cette composition vouée au silence et à la mort.

Le naufrage de l'espoir de Caspar Freidrich >
1824
huile sur toile
96.7 x 126.9 cm
Hamburger Kunsthalle, Hamburg

Représentant majeur du romantisme allemand, Caspar Friedrich aime les compositions à la fois élaborées et tourmentées, qui expriment sa vision d'un univers où les forces en présence restent indomptées. " Le peintre ne doit pas peindre seulement ce qu'il voit en face de lui, mais aussi ce qu'il voit en lui-même sinon, ses tableaux ressembleront à ces paravents derrière lesquels on s’attend à rencontrer des malades et des morts ", cette phrase de Friedrich est la clé de son oeuvre, elle exprime tout le travail de l'artiste romantique face à la nature. Il s'agit pour lui de mêler son propre état d'esprit issu de cette vision à la représentation de la nature. Friedrich dit " l'art se présente comme médiateur entre la nature et l'homme. Le modèle primitif est trop grand, trop sublime pour pouvoir être saisi. Sa reproduction, oeuvre de l'homme, est plus proche des faibles ". L’œuvre est autonome, l’artiste solitaire, le beau singulier.


L'analyse du tableau :

Les peintres romantiques cherchent à créer un paysage spirituel typiquement allemand sans référence à l'art antique ou à l'art italien. Le Naufrage de l'Espoir nous met directement en relation avec la nature. Ce paysage spirituel doit exprimer non seulement l'apparence mais également la réalité cachée, l'infini de la nature jusqu'à atteindre le Moi. La nature est la partie visible de la création divine. Cette nouvelle esthétique n’est donc plus illusionniste mais expressionniste. Elle affiche un souverain mépris pour le souci réaliste, l’œuvre n’a pas à répéter le monde extérieur, elle doit rendre possible la libre expression du monde intérieur.Aucun être vivant n'est représenté dans ce tableau, l'épave d'un bateau naufragé est resté prisonnier des glaces. C'est une oeuvre glaciaire faite de couleurs froides : dégradés de bleus. Le décor est intemporel, austère, voire hostile qui suggère la venue d'une nouvelle tempête. Le navire écrasé par des glaces est difficile à percevoir ce qui met au contraire en valeur le jeu des brisures et des heurts. Une pyramide de blocs de glace très pointus domine l'image : derrière s' étend une mer gelée sur laquelle flotte un iceberg géant.

Cette représentation est inspirée de deux faits divers réels : les échecs successifs de deux navires d'exploration polaire, l'Hékla et le Griper, naufragés dans les mers du nord. Friedrich a transformé ces événements en une parabole religieuse, pour lui, l'observation de la nature conduit à trouver dans chaque élément une parabole de Dieu : "Le divin est partout, même dans un grain de sable". Dans le pôle Nord, les glaces éternelles sont le symbole de l'éternité de Dieu. La soif de connaissance et d'aventure de l'homme est vouée à l'échec car même s'il croit s'approcher de Dieu dans cette blancheur immaculée, jamais le savoir humain n'atteindra la connaissance de Dieu.

Friedrich construit ses oeuvres avec une rigueur et une précision extrêmes qui mettent en valeur le sentiment, romantique par excellence, de la solitude humaine face à l'immensité de la nature. Dans le titre de l' oeuvre, deux mots s' opposent : naufrage et espoir ! Espoir dans quoi ? pour l'artiste, la mort permet de rencontrer Dieu et la vie ne s'arrete pas à la vie terrestre d'où la nécessité de mourir.

L'oeuvre

La toile également connue sous le titre La mer de glace est exposée à Prague et à Dresde en 1824 puis à Hambourg et à Berlin en 1826. Elle est acquise ensuite en 1843 par le peintre norvégien Dahl qui avait fait la connaissance de Friedrich en 1818. L'oeuvre est cédée à la Kunsthalle de Hambourg par la veuve de Sigwald Dahl. Friedrich se sert pour cette oeuvre, de plusieurs études à l'huile, représentant des blocs à la dérive sur l'Elbe : ces études, visibles à la Kunsthalle sont exécutées pendant l'hiver 1820-1821.